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Re-cycle

C’est l’histoire d’une myriade d’objets jetables et d’emballages à utilisation unique ; tous certifiés non garantis à vie. À en croire notre folie consumériste, ils seraient néanmoins absolument indispensables à notre bien-être. Tantôt contenants, tantôt contenus, ils envahissent la planète, capitonnent les fonds marins, et finissent par gagner notre indulgence, se rendant alors avantageusement invisibles.
Mais c’est aussi une histoire d’anticipation, où lesdits objets, une fois leur cycle éphémère effectué, entament finalement une seconde existence, durant laquelle ils ne font désormais plus qu’un avec notre corps, épousant nos formes, accompagnant nos gestes, dirigeant nos sens. Cette fois, c’est nous qu’ils emmaillotent, empapillotent, encapuchonnent ; toujours à notre insu. Cette fois, c’est nous le produit. Humains reconditionnés par paquets d’un exemplaire ; pelliculage à discrétion.

Naît ainsi une génération mutante d’êtres radieux en apparence, hautement stylisés, et progressant inexorablement dans une lumière aveuglante. Ce défilé de dupes qui se joue devant nous finirait presque par nous emballer, nous faire rêver ; alors qu’au même instant, c’est une douce asphyxie doublée d’une oppressante indifférence qui ponctue l’ultime acte d’une espèce définitivement déboussolée.
Intitulée Re-cycle, la série de Marion Saupin nous confronte à notre capacité inébranlable à faire fi d’une réalité connue de tous. Et qu’importe si l’objet d’insouciance se retourne contre nous. Nous aurions déjà gagné haut la main notre perte. Emballé, c’est pesé.


Texte de Gérald Vidamment

ACTU

Les zooms photo 2020

Plus d'infos :

https://www.lesalondelaphoto.com/Expos-conferences/Les-Zooms/Les-gagnants-2020

 

Masques
"J'ai souhaité réaliser cette image car comme beaucoup, je suis outré de voir traîner partout des masques jetables", explique Marion. "Dans les rues, dans la nature, dans les océans... Ils n'ont rien à faire là. En ces temps compliqués, se protéger oui, mais pas au détriment de la planète ! Constater l'indifférence de certaines personnes m'envahit de colère et de tristesse. Cette image exprime le fait que beaucoup de gens ne veulent pas voir, ignorent volontairement ce que nous infligeons à la planète depuis des années. La crise sanitaire actuelle nous montre pourtant un lien évident avec ce que nous faisons subir à la planète. L'écologie est aujourd'hui bien trop mise de côté.
La prise de vues était plus amusante que le message qu'elle véhicule. Sous ses masques, Tifaine posait « à l'aveugle » ; ce n'était pas toujours simple pour la guider ; ça faisait d'elle une créature sans visage, vraiment étrange."

Pour Tifaine, "c'était très drôle de shooter à l'aveugle. Je n'avais jamais été "momifiée" avec des masques. Le rendu sera peut-être plus oppressant que la façon dont je l'ai vécu. J'espère que cette série permettra de faire bouger, faire remuer un peu les entrailles de certaines personnes, faire naître plus d'empathie vis-à-vis de la nature et des animaux et un peu d'émotion."

Cuillères
"Elles sont tristement photogéniques... On en oublierait presque la catastrophe qu’elles engendrent. Je les voyais presque comme un bijou ; c’est pour cette raison que j’en ai fait un accessoire d’oreille, celle-ci est « coincée » dans ce plastique. C’est le côté graphique qui m’attirait ici, avec le profil parfait de mon modèle."
Marion Saupin

Ludivine, le modèle pour cette image, raconte. "Il y a quelque chose d’assez dingue avec le travail de Marion Saupin : il y a souvent ce côté intelligent de bidouiller des trucs ; ça a l’air de rien, et une fois la prise de vues effectuée, cela rend de manière très différente. Je me suis tout de suite dit en voyant cet objet que je n’avais pas encore sur l’oreille que cela avait dû mettre du temps à être fabriqué ; c’est fait de rien, mais ça rendra quelque chose de beau. Lors de la séance, je me suis dit que l'objet monté avait l’air fragile et qu’il ne fallait pas que je bouge, que je sois concentrée, mais c’était finalement léger et agréable. Cela m’a fait penser à un déploiement, une fleur qui se déploie sur l’oreille, ou à des plumes. Je trouvais enfin intéressant que Marion me peigne l’oreille ; quand je regarde la photo finalisée, on dirait presque que l'oreille et la cuillère ne forment qu’un unique bijoux."

Papier Bulles
"Lorsque j’ai sorti ce grand papier bulle, Kitsune m’a regardé en riant, elle savait très bien que ça finirait sur sa tête ! Une fois posé, j’ai formé une forme triangulaire pour un côté plus graphique. L’idée étant d’entrevoir son visage à travers ; j’ai toujours trouvé cette matière très intéressante", explique Marion Saupin. Pour Kitsune, le modèle, "avoir une partie du corps emballé dans du papier bulle revenait au début à se retrouver dans un cocon ; mais c’est rapidement devenu étouffant ; on ne voit rien à travers et les sons sont très atténués."

Bouteilles
Pour Marion, la bouteille en plastique est "une des pires choses qui puisse exister. Elle est bannie de mon quotidien depuis bien longtemps ! Sur cette image, Tifaine en porte le poids sans s'en rendre compte. C'est certainement l'image qui a été la plus complexe à réaliser ; faire tenir cinq bouteilles sur la tête d'un modèle, ce n'est pas anodin. C'était pourtant simple dans ma tête et sur mes croquis, mais la réalité était bien différente. Du coup, j'ai solidarisé les bouteilles avec du fil de fer et y ai accroché des barrettes afin de les fixer à ses cheveux. Bien évidemment, elles étaient lourdes... mais avec un peu de patience, on a fini par les faire tenir. Si Tifaine ne bougeait pas trop, cela restait assez difficile de rester sérieuses !"

Pour Tifaine, le modèle pour cette image, il est déterminant de parler du problème de la bouteille en plastique. "Il faut un peu secouer les gens". Concernant la séance de prise de vues, "c'était un travail exigeant un minimum d'agilité ; malheureusement, je n'en ai pas particulièrement ! Mais grâce à l'ingéniosité de Marion, cela a fini par fonctionner. Pour moi, c'est une expérience nouvelle ; c'est sûr que je n'ai jamais eu de crête de bouteilles auparavant !"

Ampoules
"En positionnant les accessoires autour du cou de mon modèle, le son des ampoules qui s’entrechoquent se révélait quelque peu poétique. Les ampoules fixées avec du scotch sur un fils très fin ne nous mettaient pas en confiance, mais ça a tenu ! Florence n’osait pas trop bouger, ce que donne la posture droite et parfaite que je souhaitais obtenir."

Boites à oeufs
"La forme des boîtes à œufs mises bout à bout me faisait penser à une colonne vertébrale ; c’était donc une évidence pour moi de m’en servir comme telle, sur le dos légèrement arrondi, de cette belle "créature". Justine porte le poids de cette extension de corps, une ossature fragile et raide, elle n’est pas libre de ses mouvements."
Marion Saupin

Cellophane
"La cellophane est collante, pleine d’électricité statique, elle s’accroche ; un peu comme une toile d’araignée. Kitsune est emprisonnée dans cette toile, ne voit rien et ne se rend compte de rien. Le son de la cellophane n’était pas très agréable pour son oreille."

Re-cycle
Re-cycle
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Pailles
"Pour cette première image de la série Re-cycle, je me suis un peu inspirée de l'imagerie religieuse, entre l'auréole et le cœur sacré. Autrement dit, me servir des pailles en plastique pour sacraliser un personnage - un brin d'ironie. J'ai réalisé cette "couronne/auréole" en passant un fil de fer dans les pailles afin de pouvoir les orienter comme je le souhaitais. Contrairement aux autres photographies de la série, j'ai voulu que Ludivine nous regarde. Justement pour rendre cette image « religieuse » plus forte encore ; que le spectateur soit directement confronté à son regard, et au plastique qui la coiffe. Une histoire de croyance, de foi... dans le plastique."
Marion Saupin

"Lorsque j’ai vu la coiffe", explique le modèle de Marion, "cela a été un coup de cœur ; je me suis dit que ça allait être beau, élégant. Lors de la séance, ce fut un sentiment de fragilité : le plastique, même si on veut nous faire croire que c’est robuste, des petits objets à usage unique c’est assez fragile, j’avais peur de briser l’objet mais en même temps je savais que ça allait tenir. Dès que je le portais je trouvais cela très beau, un objet un peu flatteur, ce qui est étonnant parce que sur la photo cela fait penser un peu à un martyre, une image christique ; un mélange madone, virginal, pureté, ange, opposé à l’image du Christ avec sa couronne d’épine, qui est blessé, qui souffre. Dans cet objet, il y a ce double tranchant ; cette fragilité et cette force se retrouvent dans cette image très pure ; une sorte de halo de sainteté mêlée à celle du martyr."

Fil de fer

"J’ai récupéré une bobine de fil de fer épais que j’ai déroulée autour du cou de Manon ; c’est pour cette raison que cela forme des anneaux relativement réguliers. Un étrange bijou qui fait presque penser à des barbelés ; oppression garantie.
Que ce soit dans l’expression ou dans l’inclinaison du visage, j’ai souhaité un rendu très pictural, et là encore proche de la madone. Les peintures sacrées m’ont toujours subjuguée."

Coton
"Apparemment c’était très agréable ! J’ai tout placé directement sur Neryel. Un coup de vent et tout se serait envolé ! C’est sûrement la mise en scène la moins désagréable pour le modèle de toute la série ! Un col à la fois doux et oppressant... Pour Neyrel, c’était plutôt agréable à porter. La seule chose dont elle se souvient, c’est que cela lui chatouillait

le nez !"

Papier aluminium
"Cette matière m’inspire un imaginaire futuriste ; alors j’ai tout de suite pensé l’utiliser presque comme une combinaison et un casque. Une matière oppressante et visuellement lourde. J’ai « sculpté » le papier aluminium directement sur Neryel. Et ce son ; ce grincement, crissement, comme un appel de la matière dès que le modèle bougeait légèrement. Neryel devait rester le plus statique possible le temps de la prise de vues ; cette "sculpture" était légère et instable. Neryel me disait alors qu’elle m’entendait mal, qu’elle était dans un cocon brillant et presque insonorisé."

Après la séance, Neryel ajoute : "Je faisais du bruit à chaque fois que je bougeais ; c’était à la fois drôle, étrange et déconcertant ; j’avais l’impression de venir d’ailleurs. Je me souviens également avoir pensé que cela ne devait être pas agréable pour les poissons de se retrouver coincés là-dedans... J’étais vraiment davantage en mode écolo que futuriste pour le coup." Finalement, elle s’est sentie oppressée, ce qui était l’effet recherché.

Papier Sulfurisé
"Comme le papier bulle, le papier sulfurisé m’intéresse par sa translucidité et son aspect mat. Comme sur beaucoup d’autres images, la matière commence par « manger » la tête, lave le cerveau et finit par se rendre indispensable. J’en ai donc fait en quelque sorte une coiffe, en équilibre sur la moitié du visage de Manon ; elle évolue entre deux mondes."

© 2020 MARION SAUPIN Tous droits réservés.

Marion Saupin

Ile de France - Bretagne

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